De l'été 1944 au 11 mai 1945, la poche de Saint-Nazaire

L'été 1944 est une période décisive pour la libération du territoire français. Mais l'avancée des troupes alliées débarquées en Normandie est ralentie au début du mois d'août. Le 12 août, avec le concours de la résistance française, les troupes américaines libèrent Nantes mais ne parviennent pas à libérer totalement la Loire-Inférieure rencontrant une opposition allemande.

Un territoire encerclé

Autour de la "forteresse Saint-Nazaire", une ligne de front se stabilise le 18 août 1944. Elle détermine un vaste territoire de 1 800 kilomètres carrés : la poche de Saint-Nazaire, la plus grande poche atlantique. 32 000 soldats allemands et 124 000 civils français "empochés" s’y trouvent encerclés par plus de 15 000 hommes des bataillons résistants français et des unités militaires américaines. L'organisation défensive allemande de la poche se déploie du nord au sud de la Loire.

Ci-contre une carte de la poche, établie par l'état-major des résistants français le 15 février 1945 (cliquer sur la carte pour l'agrandir).

Le détail de la libération de la poche

Le 11 mai 1945, des convois militaires alliés quittent Nantes à 5 heures du matin pour rejoindre les troupes en attente près des lignes des fronts nord et sud de la poche.  Le dispositif militaire de pénétration dans la poche, commence à 7 heures du matin.

Les premiers détachements de la circulation routière de la 25e Division d'infanterie ouvrent le chemin en reconnaissance. Ils laissent en faction des hommes aux principaux carrefours routiers, qui vont orienter les convois militaires suivants.

Les seconds détachements sont des policiers pour empêcher des collaborateurs de s'enfuir. La troisième vague, constituée essentiellement de détachements motorisés, est chargée de rejoindre les principales unités allemandes, et de s'assurer de la bonne application des conditions du cessez-le-feu et du début de la remise des armes.

Au Nord-Loire, quatre principales colonnes alliées franchissent les lignes du front :

La 1re part de Fégréac vers Pontchâteau à 7 heures ; la 2e quitte Fay-de-Bretagne également à 7 heures et contourne le nord de la Brière par Saint-Joachim, Saint-Lyphard pour atteindre Guérande ; la 3e part de Fay-de-Bretagne à 7 heures vers le sud de la Brière et passe par Savenay, Saint-Nazaire et La Baule. Elle se dirige ensuite vers Le Croisic ; la 4e part à 10 heures de Fay-de-Bretagne en direction de Savenay, puis Saint-Nazaire et enfin La Baule.

Une vie "d’empochés"

"Empochés !" Tel est le qualificatif très significatif que s'attribuent les 125 000 civils enfermés dans le territoire de la poche et pour qui la guerre va se prolonger neuf mois de plus que pour d’autres Français.

Ce sentiment d'enfermement et de coupure avec le reste du territoire repose sur les réalités de la vie quotidienne remplie d'une quête perpétuelle pour le ravitaillement alimentaire et pour les informations nouvelles. L'administration de la Poste de la poche édite et distribue son traditionnel calendrier au début de l'année 1945 avec le titre de "Calendrier de l'îlot de Saint-Nazaire" (voir ci-dessous). Ce terme "d'îlot" résume bien la situation. Les empochés se sentent vivre comme sur une île isolée du reste du monde.

Afin de réaffirmer leur statut particulier et leur sentiment de patriotisme, de nombreux empochés arborent fièrement un petit insigne accroché au revers de leurs vêtements (voir ci-contre). Cette petite broche en métal peint aux trois couleurs nationales représente, non sans un certain humour, une poche avec au centre l'inscription "Empoché". À partir d'avril 1945, cet insigne est porté distinctement dans la rue devant les patrouilles de soldats allemands sans que ces derniers l'interdisent. La broche est même vendue dans certains bureaux de tabac.

Symboliquement, c'est la première réapparition publique des couleurs tricolores sans la francisque pétainiste, avant les nombreux drapeaux français accrochés sur les façades et les balcons des maisons au moment de la libération de la poche le 11 mai 1945. Après la Libération, les anciens "empochés" utilisent entre eux le terme de "dépochés" pour continuer de se distinguer.

Source des illustrations : Collection Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine - Ecomusée.