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Des poteaux sculptés de Nouvelle Calédonie

MARSEILLE – NOUMEA : LE VOYAGE LE PLUS LONG

Lorsque, en 1881, la compagnie des Messageries Maritimes crée une ligne régulière de Marseille jusqu’en Australie et Nouvelle Calédonie, c’est avant tout pour ne pas laisser le champ libre aux Anglais et aux navires de la compagnie P&O (Peninsular and Oriental) qui à l’époque règnent en maîtres dans ces eaux. La concurrence, pour ne pas dire rivalité, entre les compagnies revient très régulièrement dans les documents comme les rapports de voyages des commandants ou les rapports d’activité des agents des Messageries Maritimes (documents consultés dans les archives de l’association French Lines, Le Havre).

Le capitaine Poydenot, commandant du paquebot Armand Béhic, écrit ainsi dans son rapport du 30 août 1893, faisant allusion à la fâcheuse tendance du paquebot à rouler : « Comme c’était à prévoir, nos bons amis de la Péninsulaire et de l’Orient Line n’ont pas tardé à exploiter ce défaut de vos bâtiments et aujourd’hui leur réputation de grands rouleurs est bien établie en Australie. » Mais apparemment il y avait de quoi se plaindre car le commandant admet que le navire « roulait à énerver les plus flegmatiques ».

Les commentaires positifs sont donc d’autant plus appréciés, et dans son rapport annuel de 1883, l’agent des Messageries Maritimes à Adelaïde (Australie) est très fier d’écrire : « ceux qui voyagent par nos services font les éloges de la compagnie et trouvent l’emménagement ainsi que la nourriture supérieurs à ceux des compagnies P&O et Orient ».


L'Armand Béhic a navigué de 1891 à 1924


A bord de l'Armand Béhic ; noter les grands ventilateurs dans l'escalier

Le port australien de Fremantle, avant 1900

La création de la ligne jusqu'en Nouvelle Calédonie marque par ailleurs la fin d'un certain isolement pour ce territoire, colonie française depuis 1860 et colonie pénitentiaire de 1864 à 1898. Depuis le "caillou" vers la métropole, sur une distance de 11 446 mlilles nautiques (soit 21 198 km !), les paquebots français transporteront essentiellement les richesses du sous-sol prélevées sur l'île. C'est le nickel (encore aujourd'hui richesse principale de la Nouvelle Calédonie), le chrome, le cobalt ; des cargaisons de laine sont prises lors des escales en Australie.

Le voyage est très long : l'Armand Béhic met 42 jours pour faire Marseille-Nouméa en 1896, à l'époque où la ligne passe encore par les Seychelles avec escale à l'île de Mahé. Le Dumbéa, en 1904, navigue sur la route adoptée quelques années auparavant : après la mer Rouge, cap sur Colombo puis la longue "descente" vers l'Australie. Ce n'est pas plus rapide pour autant : le voyage aller-retour entre le 13 avril et le 4 août 1904 met 46 jours à l'aller... et deux mois au retour !

Dans le cadre de son "Tour du monde", Escal'Atlantic présente ces voyages aux antipodes dans l'une des cabines, avec notamment des films d'archives sur Sydney et Nouméa vers 1920 et des photos de quelques paquebots de cette ligne. Des objets très rares de Nouvelle Calédonie sont présentés dans une vitrine, dont des armes kanak et de grands coquillages gravés probablement par des bagnards français du 19e siècle.


A bord du Dumbea (1888 - 1928) : une cabine 2e classe à 4 couchettes...


... et une cabine 3e classe à 6 couchettes.


Détail d'un coquillage gravé

Escal'Atlantic remercie le musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime) et la Maison de la Nouvelle Calédonie de Paris pour les prêts, dont également les très beaux poteaux sculptés qui accueillent le visiteur d'Escal'Atlantic dans le hall d'accueil.

A bord du Dumbea : des voiles tendus
protègent le pont promenade des grands chaleurs.

Toutes les photos historiques de cet article proviennent de la collection Association French Lines.


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